Le Chateau de Corbère

article publié dans le Journal du Roussillon, mars 2015

Situé au sommet d’un éperon rocheux, au pied du massif des Aspres, premiers contreforts du Canigou, le château de Corbère, monument historique, bénéficie d’une vue panoramique remarquable. Au nord, il domine le village de Corbère les Cabanes et la plaine du Roussillon jusqu’ aux confins des Corbières et de la Méditerranée.

plan cadastral, château  et village de Corbère, aujourd'hui.

plan cadastral, château et village de Corbère, aujourd’hui.

Au sud, il surplombe les ruines de l’ancien village « Corbèra d’Amont », ou encore « Corbère de Dalt » déserté par ses habitants sous le Second Empire, mais qui a conservé sa chapelle dotée d’un remarquable retable baroque; il offre une vue plus intime sur de petites vallées noyées dans des maquis de chênes verts et de chênes liège où se trouve une autre chapelle ruinée d’époque romane, San Père Del Bosc, restée longtemps en ruines avant sa restauration début 2000.

Chateau de Corbère - vue depuis la chapelle restaurée de San Père del Bosch

Chateau de Corbère – vue depuis la chapelle restaurée de San Père del Bosch

Bien qu’il ne soit mentionné pour la première fois qu’en 1241 (castrum et forcia de Corbaria), le début de la construction du château remonte probablement au XIIe siècle. La famille de Corbera, ayant pour suzerain les Vicomtes de Castelnou dès le XIe siècle , donnera également son nom à la commune. A l’origine, le château de Corbère était probablement constitué d’un simple donjon avec des murs de plus de 7 m d’épaisseur, auxquels se sont rajoutés plus tardivement, au cours du XIIe et XVIe, des corps de logis successifs regroupés autour d’une cour fermée.

Crédits photo Bayrou, Lucien - © SDAP Pyrénées-Orientales

Crédits photo Bayrou, Lucien – © SDAP Pyrénées-Orientales

Ces transformations furent entreprises par les familles de Peyrepertuse, de Vilanova-Caramany et d’Oms. Bernard d’Oms personnage célèbre, jadis nommé châtelain de Perpignan et ambassadeur auprès du roi Louis XI, gouverneur et capitaine général des comtés de Roussillon et de Cerdagne, fut décapité pour acte de traîtrise au profit du roi d’Aragon. Selon la légende, son corps fut jeté dans le puits de la cour d’entrée du château où l’on peut lire encore sur sa margelle la sentence latine gravée en lettres gothiques. Le château fut ensuite habité par les familles de Llupia en 1588, de Villanova-Caramany en en 1666, de Boisembert en 1680, période durant laquelle les litiges avec les villageois se compliquèrent par l’application de plus en plus difficile des droits seigneuriaux, et cela jusqu’ à la Révolution.

Plan cadastral du village de Corbère au pied du château

Plan cadastral du village de Corbère au pied du château

Au cours du XIXe siècle,le château a appartenu à la famille de Villars avant de tomber peu à peu en ruine, voire pillé dans un contexte de période trouble après la Seconde Guerre mondiale. Ce n’est qu’en 1970, qu’un éditeur parisien, architecte D.P.L.G., Mr André Thiébaut, entreprit de le restaurer entièrement avec l’aide de Pierre Ponsich, Conservateur des Antiquités et Objets d’Art des Pyrénées Orientales. Il y vécut avec sa famille durant une vingtaine d’années. Sa femme, Madeleine Thiébaut, artiste, y présentait ses œuvres et ceux d’artistes catalans lors de nombreuses manifestations.

Madeleine et André Thiébaut, château de Corbère

Madeleine et André Thiébaut, château de Corbère

André Thiébaut s’attacha à redonner au château son aspect d’origine : Remaniement des toitures en toits terrasses, réfection des charpentes et planchers à la française, ravalement avec remaniement des baies en briques d’époque XIXe et restitution des fenêtres géminées d’origine. Son architecture puise ses sources dans celle de l’architecture catalane médiévale et présente des similitudes avec d’autres édifices civils tels que le château de Castelnou, de Collioure ou de celui des Rois de Majorque. Ces constructions furent conçues sous influence hispanique jusqu’ au traité des Pyrénées de 1659, à partir duquel le Roussillon fut cédé à la France par l’Espagne, territoire qui correspond encore de nos jours globalement à l’actuel département français des Pyrénées-Orientales créé pour sa part en 1790. Ainsi, sauvé de la ruine et inscrit en 1974 â l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, le château fut, une quinzaine d’années après, cédé à la Chambre de Commerce et d’industrie de Perpignan, présidée par Jacques Farran, André Thiébaut et sa famille ayant souhaité que le château reste dans le patrimoine du département. Mais, imbriqué après cette transaction dans une affaire politico-judiciaire médiatisée, Jacques Farran fut obligé de le revendre en 1995 à un docteur psychiatre New-Yorkais, qui y fit d’importants travaux de décoration intérieure et paysagers et qui en est toujours le propriétaire.

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Texte rédigé par les familles Thiébaut et Ikhlef en février 2015, libre de toute publication.

lien page wikipedia Chateau de Corbère.

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